lundi 18 mai 2015

Harvard accusée de discriminer les étudiants d’origine asiatique

L’université de Harvard discriminerait-elle les étudiants américains d’origine asiatique ? Une plainte déposée, vendredi 14 mai, par 64 organisations asiatiques américaines reproche à la prestigieuse université de Boston et à d’autres institutions de la Ivy League, de fixer des critères d’admission plus élevés pour cette communauté, via une sorte de discrimination positive inversée qui restreint leur part parmi les étudiants.

Déposée au bureau des droits civils des ministères de l’éducation et de la justice, l’action collective réclame une enquête sur l’utilisation des quotas raciaux. La plainte cite plusieurs études universitaires portant sur le SAT, test que tout étudiant postulant dans une université américaine doit passer et joindre à son dossier de candidature. Elles démontrent que, sur un total de 2 400 points, les étudiants asiatiques doivent obtenir en moyenne 140 points de plus que les étudiants blancs, 270 points de plus que les étudiants d’origine hispanique et 450 points de plus que les étudiants afro-américains pour égaliser leurs chances d’admission.

Ces associations demandent à Harvard de « cesser immédiatement l’utilisation de stéréotypes, de biais raciaux et autres moyens discriminatoires pour évaluer les candidats américains d’origine asiatique. » L’institution se défend d’être hors la loi, précisant que son processus d’admission prend en compte de nombreux paramètres en dehors des critères académiques, comme les activités extrascolaires et les qualités de meneur.

Des stéréotypes datés

Harvard en veut pour preuve la part croissante d’étudiants asiatiques dans ses effectifs, passée en une décennie de 17,6 % à 21 %. Une augmentation que la coalition d’associations juge infime, au vu de l’importante hausse du nombre de candidats asiatiques qui postulent chaque année à l’université.

Cité par le Wall Street Journal, Yukong Zhao, auteur sino-américain de 52 ans qui a participé au dépôt de la plainte, explique que les stéréotypes à l’encontre des étudiants asiatiques existent de longue date. « On ne les juge pas assez créatifs, incapables de prendre des risques, mais ce n’est pas vrai. Près de la moitié des start-up dans les nouvelles technologies a été lancée par des Asiatiques américains. »

Bénéfique pour la diversité à l’université ?

Selon les plaignants, les universités qui procèdent à des admissions sans quotas raciaux intègrent plus d’étudiants d’origine asiatique. Ils donnent pour exemple l’Institut technologique de Californie, dont environ 40 % des étudiants de premier cycle proviennent de cette population, soit deux fois plus qu’à Harvard.

« Nous continuerons de défendre vigoureusement le droit de Harvard et des autres universités de poursuivre les bénéfices éducatifs qui incombent à la diversité multidimensionnelle dans les effectifs », a soutenu Robert Iuliano, directeur juridique de Harvard. Pour appuyer sa position, M. Iuliano a cité en exemple la jurisprudence créée par une décision de la Cour suprême des Etats-Unis de 1978, dans une célèbre affaire de discrimination positive où un étudiant blanc, Allan Bakke, contestait le refus de son admission à l’université de Californie. L’arrêt alors rendu citait en exemple le processus d’admission de Harvard, qualifié de « légalement recevable ».

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