L’inquiétant plongeon des places chinoises se poursuit. Lundi 24 août, la Bourse de Shanghaï a clôturé sur une chute de 8,49 %, à 3 209,905 points tandis que la Bourse de Shenzhen a terminé sur une chute de 7,7 % à 1 882,462 points. De son côté, celle de Tokyo enregistre un repli de 4,61 %, sa plus forte baisse quotidienne depuis juin 2013, tandis que les places européennes souffraient à l’ouverture lundi matin.
Les places européennes suivaient la tendance, y compris le CAC 40, qui perdait à a mi-journée plus de 5 % après une chute de 6,57 % la semaine dernière, sa plus mauvaise performance hebdomadaire depuis décembre 2014.
« Les marchés ont peur d’une nouvelle faiblesse de l’économie chinoise, d’une nouvelle baisse des prix des matières premières, des mesures à venir de la banque centrale chinoise et des conséquences que cela aura », explique Kit Juckes, économiste à la Société générale CIB, dans une note sur le sujet.
Le nouvel accès de faiblesse des places de Shanghaï et de Shenzhen intervient alors que l’indice principal de la première a déjà perdu 11,54 % la semaine dernière, suite à la détérioration attendue et redoutée de l’indice manufacturier chinois PMI pour le mois d’août. Selon une estimation provisoire du cabinet Markit dévoilée vendredi 21 août par le groupe de presse Caixin, il devrait s’établir à 47,1 points, soit la pire performance depuis mars 2009, alors au plus fort de l’impact sur la Chine de la crise financière mondiale. Celle-ci avait été enrayée par un méga plan de relance, dont Pékin paie aujourd’hui les effets secondaires. L’indice PMI, qui indique une baisse de l’activité lorsqu’il passe sous la barre des 50 points, était déjà tombé 47,8 points en juillet.
Cette dégringolade est d’autant plus inquiétante qu’elle intervient alors que les autorités chinoises multiplient les initiatives pour enrayer la spectaculaire débâcle des Bourses chinoise engagée depuis la mi-juin. Dimanche 23 août, Pékin a ainsi annoncé que le fonds de pension étatique serait désormais autorisé à investir jusqu’à 30 % de ses actifs nets dans des valeurs boursières. Ce gigantesque fonds serait doté, selon les médias officiels chinois, de 3 500 milliards de yuans (476,4 milliards d’euros) d’actifs fin 2014.
Auparavant, il ne pouvait investir que dans les bons du Trésor et les dépôts en banque. La nouvelle directive lui permettra en outre d’investir dans les obligations convertibles, les contrats à terme et les projets d’infrastructures. Selon l’agence Chine nouvelle, la mesure devrait permettre au pays d’augmenter ses retours sur investissements afin de pouvoir faire face au vieillissement grandissant de sa population.
Croissance en berne
Pour stopper la chute des Bourses, un organisme public, le CSF, avait déjà réalisé des achats massifs d’actions en juillet. De nouvelles actions sont aujourd’hui à l’étude, dans l’espoir de canaliser des liquidités vers l’économie et des marchés : la banque centrale pourrait de nouveau abaisser d’un demi point le ratio de réserves obligatoires imposé aux banques. Attendu d’ici à la fin du mois ou au début de septembre, cette décision pourrait libérer l’équivalent de 90 milliards d’euros en prêts nouvellement disponibles pour les entreprises chinoises.
Selon les médias locaux, la banque centrale aura procédé à quatre reprises à des mesures d’assouplissement monétaire depuis novembre 2014 pour soutenir une croissance en berne – estimée par les autorités chinoises à 7 % pour l’année 2015, soit la plus faible performance en vingt-cinq ans. Nombre d’experts s’attendent toutefois à ce que la Chine rate cet objectif. Pékin a également permis il y a deux semaines une dévaluation modérée de sa monnaie.
Pour l’instant, ces actions musclées semblent incapables de rassurer les investisseurs. Ils s’inquiètent du ralentissement de la croissance du pays, mais aussi de l’apparition de bulles spéculatives, à savoir, d’une surévaluation excessive des marchés, déconnectés de l’économie réelle.
Grande vulnérabilité des pays émergents
La dégringolade des Bourses chinoise a, sans surprise, contaminé celles de la région. Marchés, économistes, observateurs s’interrogent sur l’impact qu’aura le coup de frein chinois sur l’économie mondiale. Et surtout, sur les pays émergents, rendus vulnérables en raison de leur dépendance vis-à-vis des achats chinois de matières premières ou de la manne d’investissements en provenance de la seconde puissance économique mondiale.
Le resserrement monétaire attendu aux Etats-Unis dès cet automne, tout comme la baisse continue des cours du pétrole et à la dévaluation du yuan, expose en effet les économies émergentes à des bourrasques aux effets possiblement dévastateurs pour certains.
Dans une évaluation datée du 21 août, le centre de recherche TAC Economics, basé en France et spécialisé dans les analyses de risque-pays, s’intéresse au « coût caché », « en terme d’impact global de tout ce qui peut subvenir à l’économie chinoise » : celle-ci, notent ses experts, est devenue, au cours des dix dernières années, le premier marché d’exportation pour 44 pays – contre dix en 2004 – devant les Etats-Unis (31 pays) et l’Allemagne (21 pays). TAC Economics dresse ainsi la liste de huit pays au sujet desquels la plus grande prudence s’impose en cas de « perfect storm » (une combinaison de circonstances aggravantes) – dont la Russie, l’Indonésie et le Brésil.
Le centre de recherche rappelle qu’il considère « le ralentissement structurel de la croissance économique chinoise comme le produit naturel et presque mécanique de l’évolution démographique, d’une réduction dans l’accumulation de capital et la croissance de l’investissement, et [de la fin] du rattrapage rapide des décennies précédentes ».
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