Entre expérimentations sonores, collaborations inattendues et remix pointus, Tony Allen, l’ancien batteur de Fela, n’en finit pas de se réinventer.
À peine arrivé dans sa maison de disques Harmonia Mundi, à Paris, Tony Allen se tourne vers son attaché de presse : “Vous pourriez aller m’acheter de gros oignons ?” On s’attendait à rencontrer un monument, l’homme qui co-inventa l’afrobeat à coups de charley, “le sorcier de Lagos”, compagnon d’armes de Fela pendant plus de dix ans, celui que Brian Eno décrit tout simplement comme “le plus grand batteur qui ait jamais vécu”…
Tony Allen est tout ça, mais aussi un peu plus. Un papi de 74 ans qui s’apprête à faire la cuisine pour sa femme française, avec de gros oignons, donc. Un musicien qui n’en finit pas de brûler les planches et de faire bouger les hanches à l’aube d’une tournée européenne pour son dixième album solo, Film of Life, sorti en octobre. Un dieu du beat très humain qui doute, qui cherche toujours, et qui d’album en album n’en finit pas de prendre les chemins de traverse, de foncer là où, surtout, on ne l’attend pas.
Bonnet vissé sur le crâne, veste en jean ajustée, boucle argentée à l’oreille, le septuagénaire a de faux airs de jeune hipster parisien. Mais quand il s’exprime, c’est toujours le Nigérian qui parle, dans un anglais teinté d’un accent prononcé. “C’est vrai que je suis en France depuis une trentaine d’années, mais je ne maîtrise pas assez les subtilités de la langue pour répondre aux interviews.”
es journalistes défilent pourtant pour tendre le micro à la légende depuis la sortie de son dernier album. Leurs questions se suivent et se ressemblent, renvoyant toujours à ce passé glorieux qui le lie au Black President. À la simple évocation du nom de Fela, son regard bleu s’obscurcit. Mais en professionnel, un peu las, il revient une nouvelle fois sur ces coups de baguettes qui l’ont fait entrer dans l’Histoire.
Horizons
Oui, avec Fela, il gravitait dans le milieu du high life, à Lagos, et ils ont inventé ensemble l’afrobeat à la fin des années 1960. Oui, il s’est inspiré des techniques de jazzmen américains (Art Blakey, Max Roach) pour créer un style singulier, dissociant les éléments et s’appuyant sur un jeu de charley et de cymbale plus riche. Oui, en 1979, après plus de 36 albums communs, il a quitté le chanteur charismatique, sans doute parce qu’il s’était trop radicalisé politiquement à son goût mais aussi parce qu’il était lassé de se répéter et qu’il souhaitait explorer d’autres horizons musicaux.
Cette histoire est connue. Il l’a d’ailleurs racontée lui-même dans une autobiographie à quatre mains (avec le musicologue américain Michael Veal), Tony Allen : an Autobiography of the Master Drummer of Afrobeat, publiée en 2013 et qui n’a bizarrement pas encore été traduite en français. Mais ce qui intéresse le batteur, au fond, ce sont surtout les pages qui lui restent à écrire.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire